Biographie
C'est à cause de...
Le chat botté
Je me souviens parfaitement du jour où il m’a été offert. Petite, ma mère me conduisait au dispensaire, pour la vaccination. Dans le couloir, les intestins noués, en tricot de peau, avec les gamins et gamines du village, j’attendais mon tour. La première fois, quand, le médecin m’a piquée, j’ai pleuré comme un veau. Certaines mères auraient donné un bonbon à leur rejeton braillard. Je ne sais pas pourquoi, la mienne, ce jour là, m’a offert un livre, alors que même pour nos anniversaires, mon frère et moi, n’avions pas de cadeau. Ce présent tombé du ciel m’a semblé... fastueux. Puis, le miracle est devenu ordinaire. A chaque vaccin, son bouquin. Jusqu’au jour, où nous avons trouvé porte close. Le médecin avait oublié de venir. Alors là, quelle déception. J’ai pleuré comme dix madeleines et dix veaux bizarrement réunis. Pour me calmer, ma mère m’a offert Le chat botté. Extrait de Un amour d’enfance, Bayard, collectif d’auteurs chartistes. Parution : novembre 2007
LA FEMME CHANGEE EN RENARD. Ce conte, alliant fantastique, humour, amour, passion est à part. Inclassable et bouleversant. Rien n’est inutile dans ce récit court, qui fait venir le sourire aux lèvres et serre le cœur. Une histoire qui me revient souvent. J’aime ce texte, ni pour les adultes, ni pour les jeunes, facile d’accès, court mais d’une densité dramatique, humoristique, symbolique, philosophique incroyable. La femme changée en renard, de David Garnett, les cahiers rouges, Grasset
Le petit bleu de la côte Ouest C’est mon mari qui m’a donné à lire Le petit bleu de la côte Ouest. Avant, je n’aimais que les textes longs ou difficiles. Ces textes qui vous demandent tant d’attention qu’ils vous envahissent dans le quotidien et vous protègent d’une réalité. C’était une époque ! Je suis rentrée dans la littérature policière en voiture, celle de Georges Gerfaut. J’ai écouté sa musique et partagé son bleu à l’âme. L’écriture, ciselée, sans gras, l’histoire ancrée dans ce Paris que je découvrais, cette proximité avec le personnage central ont été comme de ces rencontres qui bouleversent tranquillement les choses. Apparemment, il n’y avait aucune raison que Manchette change ma vie. Sauf que à l'arrière de son automobile, je découvrais le roman policier. Le petit bleu de la côte ouest, Manchette, Gallimard
LES POULES PENSIVES. L’absurdité. Le goût de l’absurde. Voici quelque chose qu’on ne peut partager avec tout le monde et que j’adore. La distance, la malice retenue, donner à lire des énormités décrites tranquillement, faire accepter des choses incongrues, loufoques mais terriblement justes, lire des histoires, certes, courtes et petites, mais si drôles, si puissantes qu’elles peuvent toucher les lecteurs de tout âge. Quel plaisir ! Quel bonheur ! Cette forme de littérature a un maître : Luigi Malerba. Les poules pensives, Luigi Malherba, collection Points.
Un exemple : Une poule sûre d'elle rencontra un crapaud dans le potager. Le crapaud commença à s'enfler, s'enfler pour devenir aussi gros que la poule. "Attention, lui dit-elle, souviens-toi de ce qui arriva à la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf ! - Penses-tu, répondit l'autre, cette fois il ne s'agit pas d'une grenouille et d'un bœuf, mais d'un crapaud et d'une poule." Le crapaud continua à s'enfler, s'enfler, et devint plus gros que la poule.